Petit débat sur la discrimination positive

Avachi sur son sofa, un homme regarde TF1, amusé par les bafouillages de Laurence Ferrari durant la présentation du journal de 20h. Il vient de voir l’annonce de Nicolas Sarkozy concernant le projet d’accorder 25% en 2008, puis 30% en 2009 de places en classes préparatoires à des élèves boursiers. Son fils arrive à ce moment et s’installe près de lui pour suivre la fin du journal.

- Hey fiston, t’as vu, Sarko souhaite établir des quotas dans les classes préparatoires pour les meilleurs élèves boursiers. Une nouvelle politique de discrimination positive! C’est une bonne nouvelle pour ton ami Antoine!
- C’est quoi la discrimination positive? lui répond son fils intrigué.
- La discrimination positive consiste en l’instauration d’inégalités pour promouvoir l’égalité, en accordant à certains un traitement préférentiel. Elle peut prendre deux formes: la première est fondée sur l’origine ethnique ou le sexe, tandis que la seconde est fondée sur les inégalités socio-économiques.
- Ah oui, c’est pas ce qu’ils appellent l’Affirmative Action aux Etats-Unis?
- Oui, mais là-bas, ils se fondent uniquement sur tes origines ethniques. En France c’est encore une autre histoire. Il y a tout un débat concernant la notion même de discrimination positive. Certaines affaires ont donné lieu à d’intenses débats. A titre d’exemple, je peux te citer la création des Zones d’Education Prioritaire, les partenariats entre les ZEP et Sciences Po, la loi sur la parité dans les élections, la nomination du préfet musulman par Sarko.
- Tu vas loin Papa! Tu ne viens pas de me dire que c’était uniquement fondé sur la couleur de peau ta discrimination positive?
- Aux Etats-Unis uniquement, mais en France, comme je te l’ai déjà dit, c’est différent. Hormis le cas de la loi sur la parité dans les élections et l’histoire du préfet que nous mettrons de côté, la plupart des politiques de discrimination positive font partie de la seconde forme, c’est à dire celle fondée sur les inégalités socio-économiques. L’Affirmative Action telle qu’elle se présente aux Etats-Unis ne serait pas envisageable en France dès lors que l’article 1er de la Constitution de 1958 interdit toute forme de discrimination fondée sur la race, l’origine ethnique ou la religion.

A ce moment, quelqu’un ouvre la porte de la maison. C’est sa femme, exténuée du boulot.

- Jsuis rentrée dit-elle.
- Salut chérie! T’es au courant pour l’annonce des 30% d’élèves boursiers?
- Oui, j’ai entendu ça à la radio et je suis totalement contre.

Le fils profite alors de cette diversion pour zapper Laurence Ferrari et mettre à l’écran sa série fétiche sur France 3: « Plus belle la vie« . Pendant que le débat s’enflamme entre les doyens.

- Attends, t’imagines, ça pourrait booster la carrière de ceux issus d’un milieu familiale peu aisé! Je ne sais pas s’ils auraient pu y avoir accès sans cette possibilité.
- Je t’arrête tout de suite. Premièrement, c’est peut être que des paroles en l’air ce qu’il dit le Sarko. Deuxièment, que fais-tu de la méritocratie dans tout ça? Celle-ci est basé sur la reconnaissance de la valeur par les diplômes, l’expérience, les qualités, les vertus. Elle a pour fondement l’égalité des chances, la liberté individuelle et la reconnaissance de la « réussite ». On ne peut pas parachuter des personnes à la place d’autres plus méritantes.
- Le constat est là: il existe une inégalité de moyens entre la « France d’en haut » et la « France d’en bas » qui a pour conséquence une inégalité des chances. Franchement, tu ferais comment à la place des politiques pour pallier les inégalités sociales? Avec la discrimination positive, on répare une inégalité d’accès pour aboutir à une égalité dans les résultats. Imagine un cent mètres dans lequel l’un des coureurs aurait les jambes attachées. Durant le temps qu’il lui faut pour faire dix mètres, les autres en ont déjà parcouru cinquante. De quelle manière faut-il rectifier la situation? Doit-on simplement délivrer le premier coureur et laisser la course se poursuivre, en considérant qu’il y a désormais « égalité des chances »? Pourtant, les autres coureurs ont toujours quarante mètres d’avance sur l’autre. Est-ce que la solution la plus juste ne consisterait pas à permettre à celui qui était attaché de rattraper son retard?
- Ce serait contraire au principe d’égalité garantie par les articles 1er de la Constitution de 1958 et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
- Bien sûr que l’égalité est un principe de traitement fondé sur la discrimination zéro. Mais à ce principe je lui oppose l’équité qui est un synonyme de justice. L’équité permet d’aller au-delà de ce qui est juste sur le plan légal et peut s’opposer à la loi lorsque celle-ci présente des lacunes ou s’avère inadaptée, voire injuste. Si on pose que l’égalité est une fin à atteindre, on comprend l’importance de politiques publiques équitables.
- En tout cas, je doute qu’il soit possible d’instaurer des quotas en France. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs déjà censuré une loi de 1982 qui imposait un quota de 25% de candidatures féminines sur les listes présentées par les parties aux élections municipales, dès lors qu’elle était incompatible avec le principe d’égalité.
- Toutefois, en 1979, ce même Conseil a admis l’existence de différences de traitement lorsque certaines catégories de personnes se trouvaient dans des situations différentes.
- La discrimination positive consiste à redresser après coup des inégalités qu’on a laissées s’installer. Ce n’est pas une solution de corriger une injustice par une autre. Avec ce genre de politique, on combat le mal par le mal. Je pense que c’est une fausse solution. Il faut prendre des mesures en amont plutôt qu’en aval. Puis, l’expression « discrimination positive » c’est n’importe quoi: une discrimination ne peut jamais être que positive. Elle est toujours à la fois positive pour ceux qui en bénéficient et négative pour ceux restant.
- Rooo ne commence pas à jouer avec les mots!

Devant les arguments de sa femme, l’homme renonce à toute discussion. Il fait la sourde oreille et laisse sa femme finir le débat avec le mur de la cuisine. Il se retourne et demande à son fils:

- Et toi fiston, t’es pour ou contre?

Ce dernier s’était assoupi et commençait déjà à ronfler.

- Encore une discussion qui t’as passionné à ce que je vois! Mais quoi qu’il arrive, je sais de toute façon que toi tu réussiras dans la vie, mon fils…

3 Réponses à “Petit débat sur la discrimination positive”

  1. yukiko dit :

    Excelent article, ca présente à travers une breve histoire le débat autours de l’instauration de discrimination positive .
    C’est un moyen divertissant de s’instuire =)

  2. Sully dit :

    Merci pour ce commentaire.
    Cela nous encouragera sans doute à écrire d’autres articles sous cette forme!

  3. maillot Iniesta 2014 dit :

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