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Archive pour septembre 2009

Petit débat autour de la burqa

Mardi 29 septembre 2009

C’est la rentrée ! 

Sur le chemin menant à l’université, deux jeunes étudiants, Paul et Jean, s’installent sur la terrasse d’un café avant d’aller au cours du soporifique Monsieur Robot, professeur de droit fiscal, surnommé le « marchand de sable ».

Alors qu’un ardent débat oppose Paul et Jean sur la récente défaite de Marseille en championnat, Jean s’arrête brusquement de parler. Il fixe une jeune femme vêtue d’un drap noir, qui lui recouvre tout le corps, dont il ne voit même pas le regard puisque ses yeux sont cachés derrière une « grille » de tissu.

- T’as vu ça, elle porte un niqab.

- Non, ça c’est une burqa lui répond Paul.  Le niqab ne couvre pas les yeux alors que la burqa recouvre tout.

- C’est étrange, voire choquant !

- Chacun à la possibilité de se vêtir comme il l’entend. Si elle a envie de porter une burqa, c’est son droit. Par contre, concernant le regard des personnes qu’elle croise, c’est peut être plus lourd à porter, mais c’est une autre histoire…

- Si une mission d’information parlementaire a été créée en juillet dernier, ce n’est pas anodin. C’est bien parce que le port de la burqa dérange…

- Son port dérange, c’est certain. Maintenant, est-ce le rôle de l’Etat que de légiférer sur une manière de s’habiller, j’en suis moins sûr. Selon certains spécialistes de l’islam, la burqa n’est pas une résultante de préceptes coraniques, mais un choix idéologique, politique et culturel et non un choix religieux.

- Tu sais qu’en Belgique et au Luxembourg, il est interdit dans certaines communes de se promener masqué et que le port de la burqa n’est donc pas possible, sauf autorisation spéciale ou à l’occasion de carnaval !

- Ah non, je ne savais pas. Je dormirai moins bête ce soir…!

- Ca me fait penser à la loi Stasi du 15 mars 2004 sur le port de signes ou tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse à l’école.

- C’est une affaire différente. C’est vrai qu’il était question du port d’un voile, à la différence près qu’il est ici intégral. En l’espèce, il ne s’agit pas de confronter le port de la burqa aux valeurs de la République censées être partagées au sein des écoles au nom de la laïcité. Car à l’école, la question est réglée: les élèves ne peuvent porter une kippa, un turban, un voile et a fortiori une burqa. De plus, son éventuelle interdiction ne serait pas limitée aux écoles mais dans tous les lieux publics. C’est pourtant grâce à ce principe de laïcité que le port de la burqa est possible pour toute personne se déplaçant sur la voie publique. Car l’Etat est neutre par rapport aux religions que chacun à le droit de pratiquer selon son choix, mais garantit la liberté de conscience et la liberté de culte de chacun.

- D’accord, nous ne sommes peut-être pas dans un question touchant à la laïcité à l’école, mais que fais-tu de l’égalité entre hommes et femmes et de l’impossibilité pour l’administration d’identifier ces personnes ?

- C’est vrai, le Conseil d’Etat dans un arrêt du 27 juin 2008 a pu valider un refus administratif d’octroi de la nationalité française par mariage à une personne en affirmant que la personne portant la burqa avait adopté « au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et notamment avec le principe d’égalité des sexes ». Cette position a été confirmé par la HALDE dans le domaine des contrats d’accueil et de formation linguistiques obligatoires pour les étrangers, qui a ajouté comme incompatible le port de la burqa avec les exigences de sécurité publique s’agissant de l’identification des personnes. Elle estime en outre que l’obligation de retirer la burqa dans de tels cas pourrait ne pas être considéré comme méconnaissant le principe de non-discrimination religieuse des articles 9 et 14 de la CEDH.

- Bah tu vois, si le Conseil d’Etat et la HALDE désapprouve le port de la burqa…

- Il s’agit de cas particuliers qui concernent le port de la burqa lors de l’octroi de la nationalité française ou lors de formations linguistiques obligatoires pour les étrangers ! Je suis d’accord pour l’obligation de la retirer lorsque ces personnes doivent prouver leur identité. Mais pourquoi vouloir faire une loi générale qui l’interdirait dans tous les lieux publics ? La liberté individuelle est la règle, dans le respect de l’ordre public.

- Justement, dans le respect de l’ordre public… Et le port de la burqa ne trouble pas l’ordre public et les bonnes moeurs ?

- Non, en quoi ça la troublerait ? Moi ça ne me trouble pas !

- Mais tu n’es pas l’ordre public !

- Les gens pensent souvent que le port de la burqa est forcée, sous la pression du mari. C’est parfois vrai… Ce choix peut toutefois être volontaire.

- Roooo, allez arrête ! Têtu comme tu es, je suis certain que dans une vie antérieure, tu étais incarné en mule !

- C’est l’hopital qui se moque de la charité là ! On devait faire partie de la même portée dans ce cas !

Une soudaine pluie fine vint alors à tomber. Il était temps de partir se réfugier dans les locaux de la faculté.  

En se levant, une lumière traversa alors l’esprit de Paul. Il dit alors à Jean:

- Hey, tu penses que les burqas imperméables existent ?

- Je ne sais pas du tout. Pourquoi ?

- On pourrait en faire un business et même les appeler « burqa-way » !

- Mmm, c’est une idée, mais je doute qu’elle puisse faire un tabac en France…