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Archive de la catégorie ‘Récits du parcours menant à l’avocature’

Success Story vol. 2. ou L’Ecole du Barreau, Gryffondor ou Serpentard ?

Vendredi 16 janvier 2009

Fort de ce succès à l’examen d’entrée à l’Ecole d’Avocat, Maître Carré fut convié à la cérémonie de remise des diplômes de l’IEJ de sa faculté, en présence des examinateurs, ayant tous revêtus pour l’occasion leurs robes d’apparat : magistrats, avocats, et professeurs d’université. Il ne fut guère impressionné car il les avait déjà vus, ainsi vêtus, au Grand Oral.

Ce qui l’impressionna davantage c’est le caractère solennel de la cérémonie qu’il pensait n’être qu’une simple formalité : appel du nom de l’impétrant au micro, applaudissements, longue poignée de main photographiée avec une personnalité du Barreau qui se fendait d’un bon mot pour chacun des diplômés. Maître Carré avait eu droit à « Monsieur Carré, bienvenue dans le monde des avocats, nous verrons si vous ferez connaître votre nom ou si vous resterez dans l’ombre. »  Il l’avait pris comme un défi qu’il comptait bien relever.

Un peu par superstition, Maître Carré n’avait pas pris le soin de se renseigner sur le déroulement de la scolarité à l’Ecole de Formation du Barreau avant d’avoir obtenu l’examen d’entrée. Il appris donc de la bouche de l’un de ses camarades que la scolarité de l’EFB se déroulait en 18 mois, divisées en trois périodes de 6 mois chacune.

La première période consistait, soit en l’accomplissement d’un Projet Pédagogique Individuel (PPI) soit en une période de cours portant sur la pratique du métier d’Avocat elle-même, la seconde période étant dédiée à l’activité qui n’avait pas été choisie pour la première (cours ou PPI). La dernière période de six mois, elle était nécessairement consacrée à l’accomplissement du stage de 6 mois, en cabinet d’avocat. Le tout étant naturellement couronné par des examens dont la validation conditionnait l’obtention du précieux sésame : le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) .

Passé maître en choix stratégiques, il choisit de commencer son cursus par  la période de PPI, afin de faire coïncider l’arrivée de l’été avec la période de cours à l’Ecole. L’EFB étant fermée durant le mois d’août, il allait pouvoir prendre un mois de vacances bien méritées, qu’il n’aurait pas nécessairement eu en ayant choisi de débuter son cursus par le PPI.

Nombre de ses camarades avaient choisi de réaliser leur stage PPI dans des structures diverses et variées au sein de services juridiques de grandes entreprises en France ou à l’Etranger, à la CNIL, à l’Institut National de Propriété Intellectuelle ou dans les grands cabinets d’Avocats anglo-saxons de la place parisienne (le fameux Magic Circle ou encore Big Four), voire même de faire un second Master 2 pour compléter leur formation.

Maître Carré, lui, avait fait un choix qui s’avéra déterminant pour sa carrière :
la Cour d’Appel de Paris. Autorisé à lire les conclusions des parties, à donner son avis, à siéger avec les magistrats, et même parfois à assister aux délibérations en dépit de leur caractère secret imposé par l’article 448 du Nouveau Code de procédure Civile, il comprit peu à peu, au fil de ces six mois, les raisons qui conduisent les magistrats à statuer en faveur de telle ou telle partie au litige, comment se comporter dans un Tribunal, les façons de plaider qui agacent endorment ne retiennent que très peu, l’attention des magistrats, et celles qui obtiennent assurément leur oreille (et même parfois quelques hochements de tête approbateurs)… en somme l’Art de la plaidoirie.  Un certain avocat, dont la réputation le précédait, prenait ainsi le pari de plaider, tout doucement d’une voie fluette, du bout des lèvres ce qui bien souvent obligeait le juge à tendre l’oreille et donc à être attentif.

Durant la période de cours, Maître Carré s’ennuya dur. Les cours étant dispensés par des Avocats, ceux-ci, invités à parler de la pratique de leur métier se prenaient bien souvent à raconter leur vie à s’étendre sur le quotidien de leur cabinet, ce qui n’était que rarement passionnant. Le principe lui-même des enseignements, consistant à parler de la pratique mais dans des salles de cours, ne séduit guère Maître Carré. Seuls les exercices de mise en situation client / conseil, les cours de prise de parole en public, bien souvent assurés par un professeur de théâtre, et les techniques de négociation et de controverse parvinrent à retenir toute son attention.

Fort heureusement, ces périodes de cours étaient interrompues par des semaines de stage en alternance au Cabinet de Maître ONOMME ce qui lui permettait d’avoir un véritable aperçu de la pratique du métier d’Avocat.

La période de « foisonnement », notée au titre du contrôle continu, fut l’occasion pour Maître Carré de révéler ses talents insoupçonnés en matière contentieuse. Les élèves-avocats, qui doivent remettre un jeu de conclusions dans plusieurs matières (droit du travail, droit commercial, droit administratif, référé, et droit pénal), doivent ensuite plaider la cause de leur clients fictifs. Ils sont évalués par les avocats intervenant dans les matières correspondantes.

La qualité de ses écritures ainsi que ces talents d’orateur hors pair valurent à Maître Carré d’être remarqué par un examinateur qui était par ailleurs associé dans un cabinet français de droit des affaires.

Celui-ci lui offrit la première opportunité de sa carrière, un stage rémunéré au sein de son cabinet. Maître Carré ne manqua pas de la saisir, et ce fut le second tournant de sa carrière…

Success Story Vol. 1 ou l’histoire d’un vilain petit canard devenu cygne au Barreau de Paris…

Vendredi 2 janvier 2009

« Où sont mes clés ? » Dans son costume italien gris souris, Maître Carré retournait une à une les 5 pièces de son appartement parisien. Ah enfin ! Un coup d’œil dans la glace de l’ascenseur (le costume tombe bien, la classe !); un coup d’œil à sa montre : 8.55. « Tain’ je suis en retard. » En comptant quarante bonnes minutes à cette heure-ci pour se rendre au Palais, il allait encore avoir droit à l’humour du 1er Président de la Cour d’Appel: « Maître Carré, ça fait 20 minutes que nous tournions en rond… » ou alors « Maître Carré, et sa précision géométrique. » Très drôle. Au volant de sa Mercedes Classe C, il pressa le bouton de l’autoradio: « Bienvenue sur France Info, nous sommes le mardi 14 Janvier 2019 il est 9.00″. Il fronça les sourcils, « le 14 janvier? » Le 14 Janvier, répéta t-il avec un sourire, comment avait-il pu oublier…

« Ne sera pas repris en cas d’échec au baccalauréat », les mots de son bulletin de terminale lui revinrent en même temps que ceux de la Conseillère d’Orientation : « Jeune homme, le droit est une matière qui exige beaucoup de rigueur, il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus et il s’agit d’études extrêmement longues, je crains que vous n’ayez pas le profil. » Il aurait aimé croiser cette vieille bique de Madame Laiguille pour lui dire qu’aujourd’hui, le 14 janvier 2019, il fêtait ses dix ans de Barreau. Le parcours n’avait toutefois pas été de tout repos…

« La première année de faculté, tu verras c’est la meilleure !» lui avait dit son père, professeur d’Histoire au collège de Poitiers.

Thomas Carré avait été séduit, lui, par la liberté: les discussions au BDE avec les étudiants, les amphis de droit constitutionnel au cours desquels il avait découvert son talent pour les mots croisés, la bibliothèque de la fac, particulièrement propice aux fous rires, sa chambre à la résidence U, son premier boulot au Mac Donald’s de Ménilmontant, les étudiantes et leur esprit ouvert. C’est vrai que la première année, c’était la meilleure. Il avait donc saisi l’occasion qui lui était donnée… de la recommencer.

Au cours de sa 2e première année de droit, Thomas Carré, avait pris de bonnes résolutions, comme tous les ans : « C’t’année je vais à tous les amphis ». Et dès les premières journées de cours, il s’était assis devant, là où on ne peut pas faire de mots croisés puisque le prof vous voit. Bon, c’est vrai qu’il luttait parfois contre le sommeil. Mais, curieusement il commençait à aimer ce qu’il étudiait…

La première année vue du fond de l’amphi c’était soporifique mais vu de plus près, il y avait quand même des problématiques intéressantes : la représentation nationale et la concession de la souveraineté du peuple au profit des gouvernants, la Constitution de la Ve république, costume sur mesure pour le général de Gaulle, le PACS ersatz du mariage, le suum cuique tribuere, la méritocratie de la Rome Antique… Ses résultats des premiers partiels en Janvier (il avait obtenu un 10,02) lui permirent de valider son premier semestre. Il avait même eu des notes correctes au second semestre mais pas dans toutes les matières et la fac lui avait offert un passeport, conditionnel seulement, pour la deuxième année.

« La deuxième année de droit, tu verras c’est la plus dure » lui avait dit son oncle, Inspecteur du Travail.

C’est en deuxième année que Thomas Carré comprit ce que la mère Laiguille entendait par « une matière qui exige beaucoup de rigueur ». Il appris à ces dépens la rigueur du vocabulaire juridique et qu’utiliser le mot résiliation à la place de résolution (qui, elle, a un effet rétroactif) a des conséquences déterminantes sur les effets du contrat (et sur la note du galop d’essai aussi d’ailleurs…) que le contrat stipule mais que la loi, elle, ne stipule jamais mais énonce ou précise. La série de 5 et de 6 qu’il obtint aux premiers commentaires d’arrêt qu’il avait rendus à son chargé de TD en droit civil lui apprit le sens du mot paraphrase et que retranscrire la portée d’un arrêt nécessitait d’avoir, au minimum, lu le cours et de connaître le contexte juridique qui a présidé au prononcé de la décision. La masse de travail le surprit et il remerciait souvent le Ciel que la bibliothèque –qui curieusement ne le faisait plus rire du tout– ne ferme ses portes qu’à 20 heures et soit ouverte le samedi matin. Le travail portait parfois ses fruits mais pas toujours. Il lui arrivait d’avoir quelques déceptions. Il n’échappa pas aux rattrapages cette année là, mais il obtint, en suant sang et eau (et parfois même un peu de café), le précieux sésame pour la licence.

« La licence, comparé à la deuxième année, tu verras c’est la balade » lui avait dit un camarade de maîtrise.

C’est à son arrivée en licence que Thomas Carré commença vraiment à y croire. « Je suis en licence de droit, c’est quand même un vrai diplôme ça ! » Depuis le début, il était à la fac mais sans y croire. Être avocat ! Ca faisait plaisir à sa famille de l’entendre dire « je veux être avocat », lui qui était le premier des Carré a avoir le bac général, mais de là à y croire lui même… Maintenant qu’il était en licence tout avait changé. Il était « en droit » et pas le plus mauvais des étudiants. Il était même parfois le seul à avoir la réponse en TD de droit des sociétés. Et puis avec la méthode acquise en deuxième année, la licence c’était effectivement la balade… Il fut tout fier d’appeler sa mère en province pour lui dire qu’il avait obtenu sa licence « avec une mention m’man, avec une mention ! ».

« La maîtrise, vous verrez,  c’est l’année la plus intéressante » lui avait dit son chargé de TD de sociétés qui parlait encore en ancien français (on dit Master 1 maintenant, faut être aware mec!).

Au premier jour de cours de Master 1 en droit, parcours droit des affaires (la classe !), Thomas Carré fut très surpris de voir que quasiment toutes les jolies filles avaient disparu (faut croire qu’elles étaient toutes restées en première année) et que les cours n’étaient plus dispensés dans un amphithéâtre mais dans une des grandes salles de la faculté. Plus de 2.000 étudiants en première année divisés en deux amphis. Aujourd’hui en Master 1, une grande salle suffisait pour les contenir tous. C’était donc vrai qu’il y avait beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Il fut néanmoins très vite confronté à la pression du Master 1 : celle d’être admis dans un Master 2, la sélection s’opérant désormais sur dossier. Il s’agissait donc d’obtenir une mention et il y travailla d’arrache pied. C’est en Master 1 qu’il fit ce qu’il a appelé ensuite son « coming out ». Sorte de révélation, une certaine facilité à jongler avec les concepts, à faire des parallèles avec les autres branches du droit ce qui lui valait les compliments de ces chargés de TD qui appréciaient qu’il fasse preuve d’esprit de synthèse, en « décloisonnant » le Droit. La mention tant convoitée obtenue, Thomas Carré était rongé par la question qui taraude tous les étudiants titulaires d’un Master 1: Master Professionnel ou Master Recherches ?.

« Rédiger un mémoire, vous verrez, c’est l’aboutissement d’un bon cursus universitaire » lui avait dit l’éminent Professeur Sachant.

Et il avait suivi son conseil. Le Master 2 Recherche était extrêmement théorique. L’occasion de décortiquer des thèmes juridiques entre « têtes d’ampoules ». L’étape préalable à la thèse comme s’y préparait la plupart de ses co-étudiants. Il se surprit à ressembler à ceux qu’il surnommait les mecs chelous quand il était en première année : veste de costume avec un jean et petite mallette (la classe !), à discuter des arrêts d’Assemblée Plénière dans les couloirs de la fac même quand le cours est fini et même parfois à rire aux blagues que seuls les juristes et encore, comprennent « Ben tu peux pas : Nemo auditur propriam suam turpidunem allegans, ha ha je t’ai cassé ! » ou encore « ah non je regrette mais il y a exception d’inexécution, ha ha ». Et puis le programme, assez light finalement, lui permettait de commencer à préparer le CRFPA.

« Le CRFPA c’est le pire examen que j’ai passé de ma vie » lui avait dit Maître ONOMME en haussant ses petits sourcils circonflexes et broussailleux « bon courage ».

Alors Thomas Carré s’astreint à un programme rigoureux. Début des révisions dès le mois de Décembre. Reprise de l’ensemble du programme de droit des obligations d’abord (4 mois au bas mot), puis retour sur la procédure pénale de licence, choix stratégique qui lui épargnait une partie du programme de Libertés Fondamentales (dans l’hypothèse éventuelle d’aller au Grand O.), et bachotage du programme de droit patrimonial, choix tout aussi stratégique car c’était à sa connaissance, le programme le plus court de toutes les matières de l’IEJ. Au mois de Juin, inscription en prépa; financement obtenu grâce à :

1. sa collaboration avec Ronald Mac Donald’s et la bourse : 300 euros économisés;

2. son stage chez Maître ONOMME : 150 euros pour les deux mois (il lui avait dit en souriant  « Merci Maître » mais c’était avant d’ouvrir l’enveloppe…);

3. Sept heures de cours à domicile dispensés chez un vrai boulet de première année (qui est d’ailleurs avocat lui même maintenant…): 250 euros;

4. Deux heures à implorer ses parents pour l’obtention d’un prêt sur 8 ans : 500 euros;

5. Vente de son Opel Corsa 1989 essence, 192.000 kms, blanche, porte conducteur rouge, autocollants « empreintes de pattes de chat » sur le capot, léger choc avant, vitre arrière gauche inopérante, (mais valeur sentimentale), en l’état, à des gens du voyage : 600 euros.

Au terme de 4 mois d’examen, d’un grand Oral éprouvant avec un Jury de vampires, Thomas Carré eut le bonheur de voir son nom sur la liste des reçus. Pas d’explosion de joie ce jour là mais de la pudeur, par égard pour ceux qui, le visage dans les mains, apprirent leur ajournement. Son Pass navigo en poche, en route vers le métro, il se demandait maintenant à quelle sauce il allait être mangé à l’Ecole de Formation du Barreau.  

 

Dans l’attente des résultats…

Jeudi 18 décembre 2008

Avertissement: Ce texte est une pure fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur.

Nous étions à  la fin du mois d’octobre. La pluie ruisselait lentement le long des vitres de la chambre de Tonio. Allongé sur son lit, il fixait le plafond et méditait sur son avenir. Nous étions le jour J, le jour de l’affichage des résultats écrits du CRFPA. Jetant un coup d’oeil à sa fenêtre, il contemplait un ciel bien triste qui ne l’encourageait que peu, à sortir de chez lui.

Son été, il l’avait passé à la bibliothèque. Que d’heures passées à lire, relire, réciter, répéter trois matières juridiques qui malgré leur faible nombre, restaient très denses et très longues à ingurgiter. Depuis quelques temps, Tonio effectuait tous les jours le même rituel: il mangeait un sandwich jambon-fromage durant le chemin qui l’amenait à la bibliothèque. C’était celui à 2,30 euros, le moins cher, le seul à la portée de son portefeuille. A force de manger le même sandwich, il ne supportait plus la vue d’un morceau de pain.

Arrivé à la bibliothèque, il rejoignait Sonia, son « binôme ». Sonia était une grande blonde, svelte, venant d’un milieu aisé, fille d’un directeur financier et d’une mère au foyer. Toujours fraiche et pétillante, un peu tête en l’air, souvent dans la lune plutôt que les pieds sur terre. Tout le contraire de Tonio, qui lui, était petit, rondouillet et fils d’ouvriers. Grincheux, têtu, « victime » de la société aimait-il se surnommer. Issu d’un milieu populaire, il en avait bavé pour en arriver là. Usé par les petits boulots, il survivait plus qu’il ne vivait.

Tout les séparait. Et pourtant, ils s’entendaient si bien. Meilleurs amis depuis l’enfance, ils se connaissaient par coeur et sans même se parler, ils pouvaient se comprendre. Inséparable depuis des années, Tonio et Sonia en avaient fait des bêtises ensemble, capables du meilleur comme du pire. Intenables à la bibliothèque, ils avaient d’ailleurs été exclus à plusieurs reprises. Tantôt en train de se disputer violemment avec des personnes qui « chuchotaient » un peu fort à leur goût, tantôt pris de fou rires à se faire réprimander par les personnes assises autour d’eux, ils étaient de vrais stars à la bibliothèque. Rire de tout et n’importe quoi, ils adoraient. Ce qui pourtant ne les empêchaient pas d’être sérieux et studieux lorsqu’il le fallait. Il y avait un temps pour tout.

Nous étions à présent le jour des résultats. Le stress et l’angoisse étaient permanent. Ils avaient fait des prédictions sur les notes qu’ils seraient susceptibles d’avoir. Celles-ci variant selon les jours, selon l’humeur. Ils pouvaient estimer leurs notes dans une fourchette allant de six à quatorze sur vingt: pas de quoi les rassurer. Tout était allé si vite durant les examens. Ils avaient longuement révisé pour vider leurs sacs dans le cadre de deux épreuves de cinq heures et une de trois heures. Un vrai condensé de savoir. Etre au top de sa forme durant ce laps de temps était indispensable s’ils voulaient avoir une chance de passer les oraux. Maintenant, il fallait se déplacer à la fac, pour savoir. Savoir ce que la vie leur réservait, savoir où ils iraient par la suite.

Au moment de sortir de chez lui, Tonio sentit son téléphone vibrer. C’était Sonia.
- M**** pour tout à l’heure. J’espère qu’on l’aura tous les deux.
- Je l’espère également. Bonne chance à toi aussi lui répondit Tonio. Croisons les doigts.

Ce qui pour eux semblait primordial, c’était qu’ils réussissent tous les deux les écrits. Peu importe les notes qu’ils auraient. Se serrer les coudes jusqu’au bout, tel était leur proverbe. Ensemble, un point c’est tout.

Les deux compères s’étaient donnés rendez-vous à la fac. Ils devaient pour cela traverser une épreuve intermédiaire: le trajet en métro. Le parcours entre le domicile et la faculté était toujours plus long le jour des résultats d’examen. Ils avaient connu ça tout le long de leurs cursus de droit. Ils ne pouvaient s’empêcher de compter les stations de métro restantes jusque l’arrivée à destination. Les mains moites et tremblantes, ils ne pouvaient plus attendre…

Tonio venait de sortir de la gare. L’avancée vers la fac ne faisaient qu’accroître la pression qui l’accompagnait dans tous ses faits et gestes. Entré dans le batiment, il avançait d’un pas fébrile, mais déterminé, vers l’endroit où se trouvait le panneau d’affichage. Sur le chemin, il croisait des personnes dont le visage rayonnait, d’autres abasourdis.
- Lui, il a l’air de les avoir eu. Elle par contre… pensait-il.
Mais ces personnes avaient-elles également passé le CRFPA? C’était sa question existentielle du moment.

Il continua son avancée et aperçu enfin l’ultime point de libération. Sonia était déjà là: elle avait vu les résultats. Elle savait tout. Elle tourna lentement la tête vers lui et d’un croisement de regard, ils s’étaient compris. Tout était dit.