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Avocature ou cupidité?

Lundi 12 janvier 2009

Il avait toutes les cartes en main pour devenir l’un de ces riches associés sans états d’âme qui font prospérer les gros cabinets juridiques de Washington. Une prise d’otages commise par un S.D.F désespéré va totalement bouleverser sa vie…

Le mettre face à la réalité de ces milliers d’exclus que personne n’écoute.

Faire voler en éclats son existence de jeune avoat d’affaires ambitieux et talentueux.

Et l’entraîner dans un bras de fer à hauts risques contre son ancien employeur afin que triomphe une certaine idée de la justice: la défense du plus faible.

Extrait du quatrième de couverture de « La loi du plus faible » de John Grisham dont je viens de terminer la lecture. Oeuvre qui n’est pas la meilleure de cet auteur mais qui soulève quelques réfléxions. Pourquoi avoir cité cet extrait? Pour lancer un débat concernant l’intérêt des avocats pour leur métier.

Pourquoi devient-on avocat? Quelle est la motivation qui nous pousse à faire tant d’années d’études? Serait-ce pour le titre, pour la passion du droit, pour la cupidité ou pour la défense de la veuve et de l’orphelin?

L’image stéréotypée de l’avocat pour beaucoup de personnes que j’ai rencontré est celle de l’avocat pénaliste, celui qui défend l’auteur présumé d’une infraction, ou le défendeur de la victime de cette infraction. Heureusement, les domaines juridiques dans lesquels peuvent exercer les avocats sont divers: droit des affaires, droit civil, droit public, droit fiscal…

Certains étudiants cherchent l’avocature pour le titre. Le cursus juridique peut sembler incomplet sans le titre d’avocat et celui-ci peut permettre à certains d’avoir le sentiment d’être allé au bout de leur cursus. C’est une cerise sur le gateau pour d’autres qui malgré leur Master II, désirent un CAPA qui leur ouvrira plus d’opportunités. Tout cela est bien sûr subjectif, car le métier d’avocat n’est pas une fin en soi du cursus de droit. Beaucoup d’étudiants deviennent notaires, huissiers, juristes, sont passionnés par leur métier et gagnent très bien leur vie. 

Grisham évoque une pensée qui peut pour certains sembler trop idéaliste. Il s’agit d’une certaine idée de la justice: la loi du plus faible. Cette pensée me fait réagir car l’idée de défendre la veuve et l’orphelin constituait l’un des évènements déclencheurs de mon envie d’étudier le droit. Les grandes entreprises dont le chiffre d’affaires dépassent pour beaucoup le milliard d’euros doivent être conseillés juridiquement pour leurs opérations de restructuration, de fusions/acquisitions, pour leurs litiges avec d’autres entreprises ou pour leur optimisation fiscale. Des domaines qui font la fortune de certains cabinets d’avocats. Moi qui suis spécialisé dans un de ces domaines, les questions que je me pose sont dès lors les suivantes: lorsque l’on devient avocat, devient-on aveuglé par la course à la facturation? N’est-il pas plus utile d’utiliser ses connaissances juridiques au bénéfice de ceux qui n’ont pas les moyens de payer un avocat?

Serait-ce idéaliste de penser à pouvoir faire une carrière dédiée à la défense de la veuve et de l’orphelin sans se soucier de mener une vie plus que correcte, celle ou l’on peut consommer sans avoir à vérifier si les fonds ne manquent pas sur le compte bancaire? Dans une société ou l’invitation à la consommation est devenue ordinaire, la facilité peut nous faire dériver vers une vie confortable, qui peut nous éloigner des besoins – qu’on pourrait même qualifier de réels besoins – de ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre juridiquement. L’usage des connaissances accumulées durant ces longues études pourraient ainsi paraître vraiment « utile » et honorable. Peut-être qu’un juste milieu peut être trouvé. 

Défendre la veuve et l’orphelin, c’est se consacrer à la protection des faibles et des opprimés. Les récits foisonnent de héros toujours prêt à les défendre. Il existe beaucoup de héros-avocats en France qui s’occupent de dossiers qui sont peu rémunérés. Voyez les permanences de gardes à vue ou les dossiers d’aide juridictionnelle. C’est peut-être ces avocats là qui méritent le plus de respect.

Cette réflexion peut nous amener sur un autre sujet: la conscience et la morale de l’avocat concernant le dossier de la personne qu’il défend. Lorsqu’un avocat connaît la vérité sur les faits qu’à commis son client (exemple: attouchements sur enfant mineur) et qu’il peut soulever un vice de procédure, doit-il le faire? Bien sûr, il y a la question sur la présomption d’innocence. La personne n’est pas coupable tant qu’un jugement n’a pas été rendu. Mais lorsque les preuves sont cohérentes et que sa condamnation par un Tribunal est plus que probable au regard de l’ensemble des éléments de l’affaire, que le client vous affirme qu’il s’agit de la vérité. Que faire? Il s’agit d’une question tout aussi intéressante mais qui doit faire l’objet d’un autre débat…